Concours Jeune Critique

By david dufort / On juin.15.2018 / In / Width

Pour la deuxième année, le Centre lyrique Clermont-Auvergne et la Fondation Varenne se sont associés en 2017-2018 pour la mise en place du Prix de la jeune critique lyrique autour des opéras: La Flûte Enchantée et Les Contes d'Hoffmann
Vendredi 15 juin à 14h a eu lieu la remise des prix à la Librairie Les Volcans. Ce sont les deux élèves Anna Routier et Océane Vizier, respectivement du Collège du Beffroi de Billom et du collège Anatole France de Gerzat qui ont été récompensées.
Leurs critiques sont à découvrir ci-dessous

La Flûte Enchantée, de l’autre côté de la réalité

Lorsque le spectacle commence, la nuit enveloppe Tamino (Klodyan Kacani). Son réveil, à l’aube, éclabousse de lumière sa vie. Et c’est de la vie dont parle avec poésie cette interprétation de La Flûte Enchantée de Mozart. De la vie et du combat de chacun pour trouver sa voie, le chemin à prendre. Pierre Thirion-Vallet nous offre une interprétation légère et merveilleuse. Certains auront pensé à Alice au Pays des Merveilles, d’autres au magicien d’Oz, devant cette oeuvre innocente et pourtant profonde. Le metteur en scène s’éloigne des connotations franc-maçonnes parfois préférées pour nous monter l’apprentissage de la vie par un jeune homme presque égaré. C’est un Tamino en pyjama qui, en s’endormant, nous révèle des personnages ésotériques et colorés. On ne saurait dire si la mise en scène est plus tendre, ou bien plus sévère avec ses personnages ; moins contrastés que dans un livre pour enfant malgré l’apparence de conte fantastique. Pamina (Erminie Blondel) prend sous nos yeux des airs d’adolescente un peu naïve qui découvre le monde hors du cocon familial et la Reine de la Nuit (Marlène Assayag) devient une mère refusant de laisser partir sa fille. Sarastro (Piotr Lempa) se montre sexiste et Monostatos (Maxime Duché) attire étonnamment la pitié lorsqu’il parle de sa solitude. Véritable innovation, les dialogues en français rendent l’oeuvre beaucoup plus accessible et permettent un Papageno (Romain Dayez) hilarant qui marque les spectateurs notamment lorsqu’il se promène au milieu du public. Les costumes modernes et audacieux habillent Pamina en poupée parée couleurs vives ; la Reine de la Nuit et ses trois dames de talons vertigineux, de tenues noires étoilées de jupes de lumières blanches… Papagena (Pauline Feracci), plus colorée que son compagnon mais évidemment parée de plumes paraît frêle et délicate à côté des robes imposantes de Sarastro et ses prêtres.
La scénographie contraste, puisque plutôt minimaliste mais infiniment, nous l’avons vu, adaptable. Cependant, ces décors, composés de grands livres, donnent à la connaissance un rôle important, voire écrasant. Les personnages n’ont la possibilité d’évoluer que par et pour cette connaissance.
Le réveil de Tamino, surréaliste, nous laisse encore flotter dans ce rêve teinté de réalité. Songe qui nous montre un jeune homme qui se cherche, et se trouve à travers les livres et l’amour. Le tout, chaussé de pantoufles.
Anna ROUTIER
4e 7, Collège du Beffroi

 

Les contes d’Hoffmann
« La cruauté a autant de visages que l’Amour. »

L’Amour peut être passionnel, fort et indécent, comme cruel, déchirant et impossible, ce que nous montre parfaitement l’opéra « Les contes d’Hoffmann », créé par Offenbach. Une oeuvre surprenante, traitant du fameux sujet de l’amour. Des décors simples mais pas pour autant décevants, composés de cette grande table ronde, qui colle bien à chaque acte.
Dans la taverne, découverte de la forte et résonnante voix du cuisinier, marquante. La table ici rassemble des ivrognes, chantant et dansant ensemble en sorte de vagues synchronisées. Chaque acte nous transporte dans quatre univers différents avec une seule et même table, toujours au centre du décor. Les costumes, quant à eux sont assez travaillés et plutôt agréables, assez représentatifs des personnages.
Dans le premier acte, Olympia, sur la fameuse table qui sert de scène, chante et danse robotiquement avec un costume détaillé accompagné de Spallanzani, son créateur, et du clown incarné par une femme, attachant et hilarant et bien sûr d’Hoffmann et d’autres. Un acte plutôt humoristique, qui ne prend pas vraiment aux tripes.
Deuxième acte, Giulietta, avec la table qui fait un peu office de bateau, navigue sur l’eau de Venise, avec les hommes autour qui rêveraient de monter à bord avec elle, faisant sa diva, comme on dirait aujourd’hui. Cet acte nous transporte dans un univers plus sombre, plus
« malsain » avec cette Giulietta qui se sert de son charme pour amadouer les hommes puis les trahir.
Et enfin, l’acte d’Antonia, le plus puissant, avec la table recouverte par cette grande nappe rose, reliée à la magnifique robe blanche d’Antonia, comme aspirée par la table. Il y a ce voile tendu au fur et à mesure qu’avance l’acte, nous emmenant dans un univers céleste et poétique. Sur la table, lieu d’agonie d’Antonia pendant de longues minutes, se déroule un spectacle lourd d’émotions avec notre Hoffmann et notre Antonia amoureux mais séparés par la maladie.
Un opéra entraînant malgré un début un peu long, clôturé par un applaudissement et un salut des acteurs de 5-10 minutes, avec les mains qui brûlent et les lumières qui reprennent vie pour nous ramener dans le monde réel.
Océane VIZIER
4ème 3, Collège de gerzat